Le vieux chêne de Périgné.

 

Depuis quatre cents ans, peut-être plus encore,

Le grand chêne trônait, non loin de la rivière,

Trônait en majesté dans ce très beau décor,

Symbole de vigueur, majestueux et fier.

Au cœur de son feuillage il avait accueilli

Des oiseaux égayant les lieux de leur ramage.

Année après année il n’avait pas failli,

Finissant par gagner un statut de vieux sage.

Le chêne avait grandi, il avait pris ses aises

Tout près de la Charente, en la niche de pierre

Où vécurent des hommes, au creux de la falaise,

Car l’homme du Chaffaud y avait son repaire,

Lorsqu’il partait chasser le renne ou le bison,

Prendre un peu de repos loin de son campement,

A l’abri du danger sur ce surplomb-balcon.

En ces temps reculés, de chêne, aucunement.

Seuls poussaient le bouleau et quelques arbrisseaux.

Rude était le climat, sibérien ou lapon :

Pas d’été résonnant de gazouillis d’oiseaux.

Des hivers à moins trente et d’énormes glaçons

Au retour du printemps plus froid que nos hivers.

Aujourd’hui c’est l’été qui a scellé le sort

Du chêne séculaire, en tarissant sa sève.

2003 : coup de chaud incroyablement fort.

Le géant vacilla sous le choc de ce glaive.

Au printemps qui suivit, sa superbe parure

Se dégarnit déjà, prémices de la fin.

Et depuis chaque année est devenue plus dure

Pour cet arbre royal et à présent défunt.

Défunt mais cependant intangible pilier,

Dépourvu de feuillage et de ses chants d’oiseaux

Mais statue remarquable, immense chandelier.

A l’orée de l’hiver il a rendu les armes,

Le voici abattu, découpé en morceaux,

Pour finir dans le feu tel un vulgaire charme,

Reste sa souche au sol, ainsi qu’un royal sceau.

 

Gérard Minault  6 12 2008

 

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