Mémageon

 

C’est un petit hameau aux jolis toits d’ardoises,

Coupé en son milieu par un mur en moellons.

La rivière est tout près, à peut-être cent toises.

Tout au fond de la cour on ouvre un portillon :

La nature déjà a repris le dessus

Sur le coteau pentu qui mène à la rivière.

Les ronces ont envahi l’ancien sentier moussu

Que, pour aller pêcher, empruntait mon grand-père.

J’ai passé en ces lieux mes plus jeunes années ;

C’est là que je suis né, j’ai appris à marcher

Dans la cour où piaillaient canetons et poulets.

Au fil du temps passé j’y ai fait mon marché

D’un lot de souvenirs au prix inégalé.

Certains matins d’été Mémé prenait la ghiole (1)

Pour aller dans le pré couper de la luzerne

C’est l’âne Papillon qui tirait la carriole

Et, fier comme Artaban, je lui tenais les rênes.

Petit prince en ce monde où Grand-Père était roi

J’appris à ses côtés à aimer la nature.

Avec lui j’ai pêché, j’ai ramené les proies

Qu’il avait abattues. Il tirait à coup sûr

Et connaissait la musse où trouver le gibier.

Il aimait à conter le meilleur de ses chasses,

Comment il avait tué jadis un sanglier,

Féroce meurtrier d’un de ses chiens de chasse.

Il l’avait étendu d’une balle en plein coeur.

Le monstre était venu expirer à ses pieds.

Ces souvenirs d’enfant, ces parfums de bonheur,

 Ils sont à Mémageon pour toujours associés.

1.  ghiole :  terme poitevin. (petite carriole utilisée dans les fermes du poitou.)

 

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